mis à jour 15 octobre 2004

 

Syndicat du Tarn (81)

Les conséquences

de l'isolement du travail

 

Anne-Marie Assemat, auxiliaire de vie sociale à l’Adar* d’Aussillon dans le Tarn, fait une synthèse des difficultés rencontrées par ses collègues dans leur travail et évoque quelques pistes pour lutter contre leur isolement.

Pour mener à bien la réflexion sur l’isolement et ses conséquences dans le secteur de l’Aide à domicile, je me suis inspirée du vécu de l’équipe des militantes UPR de la région, avec laquelle j’entretiens des contacts réguliers. Leur travail répond à plusieurs qualificatifs : varié, enrichissant, passionnant, mais fatigant, épuisant… Il est également mal connu, isolé et individuel. Ce sont ces deux termes qui seront développés ici. 

Interrogations. Être isolé dans le travail, c’est être seul et séparé des autres. Cela a des aspects positifs et négatifs. Sont-ils à égalité dans la balance ?

Ce travail individuel, où la responsabilité de la prise en charge est totale, où certaines décisions doivent être prises dans l’urgence avec du bons sens, du respect, de la diplomatie est générateur de solitude. Il est alors possible de faire tout et n’importe quoi.

Quand un entourage existe, qu’il soit familial, professionnel ou médical, cela permet de pouvoir décider ensemble pour apporter une aide adaptée. Mais quand nous travaillons au domicile des personnes, désorientées, voire psychologiquement déficientes, cet isolement nous met en position fragile : prenons-nous la bonne décision ? Si nous commettons une faute, que faire ? Toutes ces questions nous nous les posons, avec toutes les conséquences possibles.

En réalité, le manque de concertation dans l’équipe, l’absence de soutien du corps médical, l’accumulation des problèmes que l’on vit profondément, et pas toujours avec recul, mettent en danger les salariés et, éventuellement, les usagers : dépression pour les unes, angoisse pour les autres… Le cercle infernal est en route.

Quand nous sommes seules au domicile de la personne, nous nous remettons en cause. Nous pensons que, si nous n’y arrivons pas, c’est notre faute et que ça se passe peut-être mieux pour les autres intervenants.  Le travail est parfois difficile à assumer seul, surtout quand il est physique (lever, coucher, déplacement,…). On n’est pas toujours sûr d’avoir eu le bon geste, la bonne réaction… Le personnel soignant n’est pas là à notre disposition, à notre écoute pour des conseils. Jusqu’où vont nos compétences ? Cette question, nous nous la posons à propos des prises de médicaments, des toilettes, des interventions qui peuvent, parfois, relever du secteur psychiatrique…

Ces interventions, de même que la relation, voire la confrontation, avec l’autre, nous mettent en difficulté. 

Effets pervers. Pour les nouvelles salariées, l’isolement au travail est source d’inquiétudes alors que pour les titulaires il a été maîtrisé et l’organisation s’est faite autour d’un cahier de liaison entre les différents intervenants.

Le contact avec les collègues qui interviennent auprès de la même personne s’effectue par téléphone, en dehors des heures de travail. Il est à la charge de la personne qui appelle et est donc rarement réalisé.

L’individualisme conduit aussi des salariées à modifier leur planning, sans en référer à la hiérarchie, tellement elles croient qu’elles sont seules et que les familles leur « appartiennent ». Les conséquences sont graves : la personne aidée devient dépendante de la salariée. Il en est de même pour les remplacements : cela se fait parfois directement entre aides à domicile, négligeant ainsi l’association, qui parfois ne s’implique pas suffisamment dans l’organisation de terrain.

L’isolement favorise l’individualisme, et met en concurrence des salariés, dans un contexte social aujourd’hui lié à l’emploi.

Une étude menée par la fondation des sciences politiques a démontré que l’isolement ne permet pas aux salariés du secteur de rencontrer leurs directions. Il y a une barrière entre les administratifs et les aides à domicile. Leur isolement est accru par la réception des courriers de l’association, dont chacune fait sa propre interprétation.

Il arrive que le supermarché du coin serve de lieu de rencontre !

Certes, des réunions sont prévues, avec un soutien psychologique ou la présence d’autres intervenants, mais il n’y en a pas suffisamment.

Les réunions d’organisation de travail par exemple, qui avaient lieu tous les deux mois, tendent à disparaître. Elles existent désormais sur plusieurs groupes, au lieu d’un seul par secteur, ce qui permettait la rencontre de toutes les salariées. Pour les responsables de secteur le prétexte est que tout le monde ne peut s’exprimer vu le nombre. Pourtant, écouter les autres aide mieux à se situer, à mieux évaluer les situations.

Les salariées ne viennent donc plus aux réunions, car elles n’y trouvent plus d’intérêt.

Les nouvelles embauchées semblent chercher leurs repères pour communiquer et faire partie d’un groupe, afin de pouvoir affronter cette façon de travailler seule.

Le plaisir de travailler en solo peut être agréable, mais s’organiser pour être autonome dans son travail est difficile, en raison du temps nécessaire à chaque intervention. Un temps pour :

  • bénéficier des échanges qui nous apportent beaucoup ;
     

  • avoir le privilège de confidences, ce qui, en soi, donne de l’importance, de l’utilité à notre présence, à notre activité ;
     

  • prendre des décisions à la place de l’autre ;
     

  • transmettre sa motivation…
     

Ce contact, cette relation, ces moments partagés, donnent la satisfaction d’être utile et d’accomplir un métier extraordinaire dans le quotidien de la vie des gens. 

Un lieu d’échanges. La section CFDT, quand elle existe, permet de travailler, d’échanger et de décider ensemble sur les conditions de travail, lors de rencontres fort appréciées. Quand on veut organiser une réunion, il faut le faire par voie postale (ce qui implique des frais d’envoi), car les salariés ne se rencontrent pas.

Le maintien à domicile se construit comme une maison. Il faut plusieurs corps de métier pour arriver au but et chacun y a sa place. Bonne organisation, bonne coordination et bonne structuration sont indispensables. Sinon, tout peut s’écrouler.

Essayons de travailler en équipe chaque fois que cela est possible.

Si l’association nous donne les moyens de formation, d’organisation et que la solidarité n’est pas un vain mot, les conditions de l’isolement dans le travail seront vaincues.

L’Aide à domicile veut vivre et doit être reconnue et défendue dans ses valeurs et son adaptation à l’évolution de la société. 

* Association d’aide à domicile en activités regroupées.

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