|
Entretien avec
Yolande Briand*
« Mieux
coordonner
les secteurs de santé »
Comment les professionnels de santé ont-ils vécu la
première quinzaine d’août ?
Les professionnels des hôpitaux, des maisons de retraite et de l’aide à
domicile ont vécu très durement la période de canicule. On ne peut pas
sortir indemne quand on a vu mourir des personnes par dizaines. Les
conditions de travail étaient très pénibles.
À cela s’ajoute la vétusté des locaux, que l’on dénonce depuis longtemps.
Un plan de rénovation doté de 6 MdE est en cours, mais il montrera vite
ses limites. Malgré cela, le personnel n’a pas failli. Le travail a été
fait et bien fait.
Comment juges-tu la réaction des politiques face à
cette situation sanitaire difficile ?
On ne peut qu’être atterré par la pauvreté du débat. Nous avons assisté à
une polémique politicienne affligeante sur la responsabilité de telle ou
telle personne et sur la question de savoir qui allait donner les bons
chiffres du nombre de victimes.
Face à une telle polémique, on voit bien que les réponses apportées par le
gouvernement ne correspondent en rien aux vrais problèmes. Les
déclarations, plus démagogiques les unes que les autres, nous privent du
débat de fond.
En quels termes ce débat devrait-il se poser
?
D’abord, réfléchissons à la mise en place d’un réseau d’alerte pour mieux
anticiper ces situations exceptionnelles. La création d’agences et
d’instituts de toutes sortes n’est pas une solution. Il s’agit de faire
avec les outils existants. Les Observatoires régionaux de la santé, par
exemple, font un travail remarquable. Ils pourraient être mieux exploités.
Deuxième question de fond : la prise en charge des urgences. Il faut
trouver le moyen de mettre en cohérence les hôpitaux publics, les hôpitaux
privés, la médecine libérale et l’aide à domicile pour former des réseaux
de soins coordonnés et mieux réguler la prise en charge des malades, en
amont et en aval des urgences. Plusieurs expériences en cours montrent
leur efficacité. Généralisons-les.
Dernier point, la prise en charge des personnes âgées est aujourd’hui
décentralisée. La situation que l’on a vécue démontre la nécessité
d’orientations politiques claires de l’État en matière de santé. Sans
politique nationale forte, comment coordonner de façon efficace le secteur
sanitaire, le secteur médico-social et l’aide à domicile sur les bassins
de santé ?
Que penses-tu du plan Vermeil annoncé la semaine
dernière par le secrétaire d’État aux personnes âgées ?
Pour le moment, rien, car on ne sait pas de quoi il s’agit précisément. Il
semblerait que ce soit simplement la reprise des mesures gelées depuis le
début 2003. Si l’on parle de solidarité nationale, signalons qu’en
juillet, François Fillon a supprimé l’extension de l’accord sur l’emploi
et les classifications du personnel d’aide à domicile, conclu le 29 mars
2002. Cette suppression exclut 80 000 salariés de l’accord, sur 200 000
concernés initialement. Il s’agit d’une véritable précarisation de cette
profession.n
(*) Yolande
Briand est secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux. |