mis sur le site le 29/08/03/03

Entretien

 

Entretien avec Yolande Briand*

« Mieux coordonner les secteurs de santé »

Comment les professionnels de santé ont-ils vécu la première quinzaine d’août ?
Les professionnels des hôpitaux, des maisons de retraite et de l’aide à domicile ont vécu très durement la période de canicule. On ne peut pas sortir indemne quand on a vu mourir des personnes par dizaines. Les conditions de travail étaient très pénibles.
À cela s’ajoute la vétusté des locaux, que l’on dénonce depuis longtemps. Un plan de rénovation doté de 6 MdE est en cours, mais il montrera vite ses limites. Malgré cela, le personnel n’a pas failli. Le travail a été fait et bien fait.

Comment juges-tu la réaction des politiques face à cette situation sanitaire difficile ?
On ne peut qu’être atterré par la pauvreté du débat. Nous avons assisté à une polémique politicienne affligeante sur la responsabilité de telle ou telle personne et sur la question de savoir qui allait donner les bons chiffres du nombre de victimes.
Face à une telle polémique, on voit bien que les réponses apportées par le gouvernement ne correspondent en rien aux vrais problèmes. Les déclarations, plus démagogiques les unes que les autres, nous privent du débat de fond.

En quels termes ce débat devrait-il se poser ?
D’abord, réfléchissons à la mise en place d’un réseau d’alerte pour mieux anticiper ces situations exceptionnelles. La création d’agences et d’instituts de toutes sortes n’est pas une solution. Il s’agit de faire avec les outils existants. Les Observatoires régionaux de la santé, par exemple, font un travail remarquable. Ils pourraient être mieux exploités.
Deuxième question de fond : la prise en charge des urgences. Il faut trouver le moyen de mettre en cohérence les hôpitaux publics, les hôpitaux privés, la médecine libérale et l’aide à domicile pour former des réseaux de soins coordonnés et mieux réguler la prise en charge des malades, en amont et en aval des urgences. Plusieurs expériences en cours montrent leur efficacité. Généralisons-les.
Dernier point, la prise en charge des personnes âgées est aujourd’hui décentralisée. La situation que l’on a vécue démontre la nécessité d’orientations politiques claires de l’État en matière de santé. Sans politique nationale forte, comment coordonner de façon efficace le secteur sanitaire, le secteur médico-social et l’aide à domicile sur les bassins de santé ?

Que penses-tu du plan Vermeil annoncé la semaine dernière par le secrétaire d’État aux personnes âgées ?
Pour le moment, rien, car on ne sait pas de quoi il s’agit précisément. Il semblerait que ce soit simplement la reprise des mesures gelées depuis le début 2003. Si l’on parle de solidarité nationale, signalons qu’en juillet, François Fillon a supprimé l’extension de l’accord sur l’emploi et les classifications du personnel d’aide à domicile, conclu le 29 mars 2002. Cette suppression exclut 80 000 salariés de l’accord, sur 200 000 concernés initialement. Il s’agit d’une véritable précarisation de cette profession.
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(*) Yolande Briand est secrétaire générale de la fédération Santé-Sociaux.

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